Le défi de l’éducation en 2009

Au début des années 2000, un programme national de lutte contre l’illettrisme et de diffusion de l’enseignement primaire et secondaire a été lancé par le gouvernement du Président Kibaki.

Depuis janvier 2003 l’école primaire est gratuite et obligatoire, ce qui a conduit à une forte augmentation des inscriptions (24.9% entre 2002 et 2003). Néanmoins, la gratuité n’a pas résolu tous les problèmes. Le gouvernement et la population font face à deux défis majeurs :

  • une scolarisation tardive (vers l’âge de six ans) et encore insuffisante, notamment en milieu rural,
  • et un faible taux de passage du primaire au secondaire.

La communauté de Yenzuva s’est mobilisée pour tenter d’apporter des solutions à ces deux problèmes.
Garantir à tous un accès à l’éducation dès le plus jeune âge

L’école primaire de Yenzuva, ouverte depuis la fin des années 1980, accueille à ce jour plus de 800 élèves, âgés de 6 à 15 ans en moyenne.

Néanmoins, la plupart des habitants étant agriculteurs,

les habitations sont assez dispersées et certaines se trouvent à plus de cinq kilomètres de l’école. La plupart des enfants qui habitent loin de l’école ne s’y rendent donc pas, soit parce qu’ils sont trop jeunes pour parcourir de longues distances, soit parce que leurs parents ont besoin d’eux à la ferme.

 

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Elèves du primaire de retour de l’école

A cela s’ajoute un problème connexe : bien que ce sujet reste tabou, la pWork in the fieldsopulation de Yenzuva compte un nombre non négligeable d’orphelins. De nombreuses mères de famille sans revenus ont plusieurs enfants à leur charge et quand les enfants ont perdu leurs deux parents, ils sont généralement recueillis par des grands parents, des oncles ou des cousins. Bien souvent, ce sont les premiers à être sollicités lorsqu’il faut aider pour les travaux des champs.

Enfin, l’école maternelle demeurant payante, la scolarisation est généralement tardive (vers l’âge de six ans), ce qui pénalise les enfants à la sortie de l’école primaire. L’apprentissage de l’anglais et du swahili, les deux langues nationales, est souvent laborieux pour les élèves qui ne parlaient que kikamba (le dialecte local) à leur entrée dans le système scolaire. Ce manque d’aisance en anglais se ressent notamment lors du certificat de fin d’études primaires, où les élèves de Yenzuva obtiennent généralement de moins bons résultats que leurs camarades de Mwingi ou Nairobi, qui ont côtoyé dès leur plus jeune âge des enfants issus d’une autre ethnie. A ce retard d’ordre linguistique, lié à une scolarisation tardive, s’ajoute un retard technique en informatique (Yenzuva n’étant pas relié à l’électricité), qui pénalise également les élèves qui souhaitent s’inscrire dans une école secondaire située dans un autre district ou intégrer le système universitaire.

Conscients de ces faiblesses et de ces difficultés, les membres fondateurs de St Bridget Self-Help Group se sont engagés à :

  • rapprocher les populations les plus éloignées de Yenzuva (et donc de l’école primaire) des infrastructures scolaires ;
  • ouvrir une école maternelle afin de permettre aux enfants d’intégrer le système scolaire dès leur plus jeune âge ;
  • mettre en place un système de droits de scolarité permettant à tous, y compris aux orphelins, de bénéficier d’un accès à l’éducation dès l’école maternelle ;
  • construire des infrastructures permettant à tous les élèves de loger sur place et de recevoir trois repas par jour ;
  • mettre à disposition des élèves des ordinateurs afin que ces derniers se familiarisent dès leur premier âge avec les outils informatiques ;
  • mettre en place un partenariat avec l’école secondaire afin que les élèves du secondaire puissent également bénéficier des installations informatiques.

L’objectif est de promouvoir un apprentissage de l’anglais, du swahili et de l’informatique dès le plus jeune âge, tout en garantissant à tous l’égalité des chances.Assurer le passage à l’école secondaire

Les habitants de Yenzuva ont également pu faire un autre constat : à la sortie de l’école primaire, peu d’élèves s’inscrivent dans une école secondaire. Deux phénomènes expliquent ce faible taux de passage du primaire au secondaire :
• d’une part, le coût élevé de l’enseignement secondaire (de 12 000 à 60 000 Shillings par an en moyenne, ce qui correspond à une fourchette de 120 à 600 Euros, sachant que le salaire mensuel moyen ne dépasse pas 5000 Sh ou 50 Euros) ;
• et d’autre part, le manque d’infrastructures et notamment d’écoles secondaires (4 000 contre 18 000 écoles primaires) et d’enseignants. Pour pallier à ces difficultés, la communauté de Yenzuva a décidé d’initier la construction d’une école secondaire. Le projet avait été lancé en 1987 mais il a fallu attendre presque 20ans pour qu’il soit mené à terme, grâce à la ténacité et à la persévérance des neuf « school commitees » qui se sont succédés jusqu’à ce jour. Sponsorisée par la mission catholique établie dans le village voisin, Yenzuva Secondary School a ainsi ouvert ses portes le 30 janvier 2006.

Classe école secondaire

Classroom 51cf9 5c016C’est encore une toute jeune école qui rencontre de nombreuses difficultés matérielles et financières. Comme la plupart des habitations à Yenzuva, l’école n’a ni l’eau courante, ni l’électricité. Seulement trois enseignants pour une centaine d’élève sont rémunérés par le gouvernement. Les autres enseignants sont des bénévoles ou de jeunes étudiants qui acceptent de travailler contre un maigre salaire, pour tenter de financer leur inscription à l’université. La plupart des équipements et des livres ont été donnés ou prêtés par les établissements et les commerces voisins.

Les parents d’élèves, qui vivent essentiellement des revenus de leur ferme, sont dans l’incapacité de verser ne serait-ce que la moitié des droits de scolarité exigés (24 000 Shillings - soit environ 260 Euros - par an). Au cours des trois dernières années les pluies ont été à peine suffisantes pour subvenir aux besoins de la population locale qui, dans sa majorité, ne subsiste que grâce à l’aide alimentaire apportée par le gouvernement. Certains élèves ont pu bénéficié d’une bourse de mérite accordée par le ministère de l’Education mais celle-ci ne couvre pas le tiers des droits de scolarité exigés. En conséquence, les élèves sont régulièrement renvoyés chez eux et ne sont autorisés à revenir à l’école qu’après avoir versé une partie de leurs droits de scolarité.

 


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